DILEM LE JOURNAL
GUY CRAZ, LE BON VENT DES ANNEES 80

(Le C.I.F et ses belles années)

 

A la fin des années 70 et durant les eighties, le comité d'Ile de France cycliste ( CIF) connaissait une vraie émulation, avec un grand nombre de licenciés, et aussi une pléthore d'équipe de première catégorie ! Il y avait beaucoup de monde, tellement de rivalités saines qui faisaient progresser les hommes et les structures, le tout à la sauce humaine. J'aurais pu choisir de nombreux coureurs pour rendre hommage à cette époque bénie des dieux, mais j'en ai préféré un, d'abord pour l'avoir côtoyer avec plaisir dans la vie, et ensuite pour ses qualités sportives reconnues de toutes et de tous. En ces temps de vaches grasses, Guy Craz représentait un sacré numéro, souvent noté sur les potences de ses adversaires, dans les pelotons des plus belles épreuves d'un jour courues dans l'hexagone.  

On appelait ça les classiques, aujourd'hui presque toutes disparues. Les Paris-Ezy, Paris-Evreux, Paris-Montargis, Paris-Dreux, Paris-Bagnoles de l'orne, Paris-Connerré, Paris-Auxerre, Paris-Varennes, Paris-Chauny, Le Prix de la Boucherie (circuit de Monthléry), le tour de la vallée du Sausseron, Paris-Orléans, et j'en passe beaucoup d'autres. A présent, si deux ou trois d'entres elles sont toujours inscrites au calendrier, elles ne sont que l'ombre des magnifiques combats de bandes rebelles et organisées pour que les bordures soient un joli balai parfois prémédité. De ces balais d'éventails et de files indiennes fragiles qui s'en suivaient, l'instigateur en était souvent le Guy Craz en question ! Il était né pour ça, pour combattre le vent en prenant les devants. Guy avait le nez pour positiver le sens de la girouette. D'un coup de pédale fluide et efficace, il a contribué à en faire "exploser" des coursiers de toutes sortes. Des faibles, des têtes en l'air, des fragiles, des rêveurs, et puis il a guerroyé chaque week-end face à ceux qui étaient de la même trempe. Les noms d'une liste non exhaustive viennent rapidement à l'esprit. Des attaquants, des preneurs de risques, ou bien des puncheurs tapis dans les roues, il y en avait pour tout le monde ! Les souvenirs du grand Guy sont intacts, et pour lui, les noms défilent dans sa tête, comme si aujourd'hui encore, ces fous de la bordure venaient lui passer un relais en tête d'un éventail fraîchement parti ! La plaine désarmée de maisons ou d'arbres, les changements de direction pour prendre une route à peine plus large qu'un guidon de vélo, les cris de ceux qui se sont fait piéger par une cassure, souvent provoquée par ces funambules machiavéliques.

                                                                

1980. Les classiques étaient nombreuses. Guy CRAZ au départ de l'une d'elle ...

 

Les adeptes de ces classiques et de la "Craz's attitude" se nommaient alors : Michel ZUCARELLI, Gérard AVIEGNE, Claude JOUINOT, Serge PLAUT, Pierre AUBERNON, Armand BONGIBAULT, Jean-François GUIBOREL, Sylvain DESFEUX, Pascal HERLEDAN, les frères GALLOPIN, les frères DE VIDO, Hervé MONTEIL, Alain MAS, Fabien DE VOOGHT, Bernard STOESSEL, Hervé DESRIAC, Roland HAMON, Joël ESPARGILLIERE, Loubé BLAGOJEVIC, Jean-Paul NION, Thierry PELOSO et j'en passe de nombreux autres. Tous ces coureurs appartenaient au comité d'Ile de France, à la saison des grands bals et d'une richesse naturelle à jamais disparue. US CRETEIL, CSM PUTEAUX, CSM PERSAN, AS VARENNES, CM AUBERVILLIERS, PEDALE VELIZIENNE, CM MORANGIS, AS CORBEIL, ASPTT PARIS, ACBB, UC LONGJUMEAU, ANTONY BERNY autant d'équipes de première catégorie dans la région francilienne, on croit rêver ! 

Guy Craz a flirté avec ce bonheur d'appartenir à une telle jouvence de qualité et de quantité à la fois. Lui, fut pour commencer un jeune coureur de talent, puisqu'il s'imposa au premier pas Dunlop (championnat régional junior de l'époque) en 1972, avant d'accélérer sa progression, l'emmenant jusqu'à remporter 12 victoires la même année en 1973, sous les couleurs de la pédale Combs-la-Villaise ! A partir de 1974, sa carrière de haut niveau amateur débuta gentiment sous les couleurs du SC Réveillon. Très vite remarqué pour son goût de l'attaque, par Mickey Wiegant, le sorcier de l'ACBB, qui l'invita à rejoindre son groupe de guerriers, de 75 à 77. Et puis, il trouva l'équilibre sportif en rejoignant Antony Berny Cycliste, sous la coupe de Claude Jacques, un autre monsieur du vélo parisien. De 78 jusqu'à 88, il sera fidèle au club des hauts de seine, sauf en 82 où l'US Créteil lui fit les yeux doux ! Le "grand" s'est envoyé l'air de rien Paris-Connerré 78, Paris-Reims 79, le GP de Pérenchies et le tour du Sausseron devant Stephen Roche (futur vainqueur du Giro et du Tour 87) en 80, le GP de Fourchambault 81 pour les plus importantes ... Ce sont également des places d'honneur à la pelle et la carrière d'un animateur faisant honneur à cette période magnifique pour le cyclisme francilien. Guy Craz a gardé l'œil vif et à 59 ans, a encore l'amour du vélo encré en lui.

Un hommage à ces années où les "parigaux" faisaient peur !

 
RAYMOND POULIDOR C'EST 75 AU JUS !

 

Raymond  POULIDOR a déja 75 ans !

Alors qu'il n'a jamais eu la chance de porter le maillot jaune sur les 15 tours de France auxquels il a participé, Raymond POULIDOR porte bien cette couleur dans la vie de tous les jours comme pour conjurer le mauvais sort et rejeter le plus gros regret de sa carrière. Cette carrière bien trop souvent résumée à de nombreuses places d'honneurs est en fait monumentale et hérissée de nombreux succès.

A 75 ans les souvenirs sont là et toutes ses années offertes à l'histoire du sport resteront à jamais dans les mémoires collectives.

Raymond POULIDOR est sans aucun doute l'un des plus grands champions français de l'histoire du cyclisme.

 

Pour les plus jeunes qui n'ont pas pris le temps de détailler le palmarès du très populaire coureur limousin, Raymond POULIDOR est l'éternel second. On dit même de lui qu'il ne gagnait pas de course et qu'il finissait tout le temps deuxième ce qui est totalement faux et simplement un moyen d'entretenir la légende.

Ce qui est vrai et presque incroyable c'est qu'il n'a jamais porté le maillot jaune du tour de France. Pourtant il y a remporté 7 victoires d'étapes plus belles les unes que les autres, il a pris la seconde place du général en 64, 65 et 74 et termina aussi 3ème en 62,66,69,72 et même en 76 alors qu'il avait presque 40 ans !

Des victoires ? 189 en tout, étalées sur les 17 ans de son film professionnel tracé sur le plus extraordinaire scénario qui soit avec comme fleurons principaux le tour d'espagne 1964 (victoires d'étapes en 64,65 et 67), le titre de champion de France en 61 et des podiums à répétition sur les championnats du monde en 61,64,66 et 74. Raymond POULIDOR étant donné son énorme longévité, a parcouru sa vie de cycliste à cheval sur les routes de Jacques ANQUETIL et d'Eddy MERCKX, deux monuments de l'histoire du cyclisme.

 

Le duel épique de la montée du Puy de dôme en 1964, Anquetil bluffe et quand poupou s'en va il est trop tard pour lui prendre ce maillot jaune qu'il n'enfilera jamais..

 

Ces adversaires "emcombrants" ne l'ont pas empêché, en plus des succès précités, de remporter  Milan-San remo 61, la Flèche wallonne en 63, le Paris-Nice en 72 et 73, le dauphiné libéré en 66, le critérium national en 64, 66, 68, 71 et 72, l'Etoile des espoirs 71, la semaine catalane en 72 et de nombreuses étapes sur des épreuves de renom comme Paris-Nice, Dauphiné, Midi libre, critérium national,tour du limousin,quatre jours de Dunkerque ou encore tour de Belgique ... pour quelqu'un qui ne gagne jamais il y a pire non ?

Par ce modeste petit article, je voulais juste rendre hommage à un grand monsieur du sport cycliste dont beaucoup de jeunes quelques fois moqueurs feraient bien de s'inspirer ...