LA NUIT NE ME SUFFIT PAS !

(Texte original - Journal d'un ange blessé) - Je dédie ce texte à Léa.

Je n'ai même pas 20 ans.

 

 

 Je suis un ange, comme me disent les gens que je croise. Même pas 20 ans, et j'avais en moi cette envie de construire ce qui ne se détruit jamais. C'était beau, rose, doux, silencieux, ouaté, et tellement bon à vivre. Je le sentais sur ma peau, je le devinais dans mon âme, je l'effleurais du bout de mes doigts en le caressant derrière mes paupières. Je crois que le moment est venu de ne plus faire ce rêve.

J'avais tant espéré, tant imaginé la suite de notre histoire, comme on imagine un chemin droit et sans piège. Je ne suis plus ce que j'étais hier. Je me sens trahie, fragile, infiniment seule. Je suis si jeune pour être triste, si positive pour avoir mal. Le monde s'est écroulé, mais peut-être que j'aurais l'opportunité de le reconstruire un jour. Je suis une femme, enfin je le pensais jusque là ... Aujourd'hui, je ne suis plus qu'une petite fille que l'on abandonne au bord d'une route. J'aime tellement la vie, j'aimais tellement la partager avec lui. La nuit a envahi ma chambre, alors j'allume cette petite lampe qui éclaire ma nouvelle solitude. Face à moi, un mur blanc et vierge, fatigué de me regarder pleurer. Je n'ai pas encore compris que ce mur n'est pas invincible. Bientôt, je saurai le briser, le pulvériser, sous ma volonté d'être heureuse comme personne ne pourra jamais l'être.

Pour l'instant, je dois m'offrir des moments de doutes, de souffrances, de colères, et de soirées amicalement obligées. J'ai le feu dans mon corps oublié, la glace dans ma tête de linotte incorrigible. Demain, j'aurai des fans, des gens qui se prosterneront devant moi. Demain, je serai l'ange que l'on me soupçonne d'être, parce que j'en ai infiniment besoin. De l'autre côté de ce mur, sans doute ma nouvelle vie, celle à laquelle j'aspire, celle à laquelle je dois faire les yeux doux, pour que mes 20 ans soient un début et non pas une fin.

Je suis belle comme le jour, et mes yeux bleus comme l'espoir. Au fond de mes pensées, il y a lui évidemment, mais je devine déjà que rien n'a plus d'importance que mes accès futurs. Il m'a blessé, transpercé, et je me suis même couchée par terre pour respirer ses pas. J'ai mis ma tête sur mes genoux, assise sur un banc de hasard. J'ai croisé les bras sur une table ronde dans un bistrot où nous allions boire un verre. J'ai essayé de me battre contre les souvenirs qui me terrorisent quand le jour s'éteint. Ce mur me regarde avec beaucoup d'insistance, mais je ne lui cèderai pas. Jamais je l'autoriserai à me cacher mon avenir, puisque je sais que cet avenir, je le tiens entre mes mains.

Qui a envie de se raccrocher à moi ?

Qui peut me dire que je ne suis rien d'autre qu'une victime de la vie, comme il y en a partout ? Qui aura le cran de me dire que je ne suis qu'une rêveuse, une sirène à deux balles, une étoile qui ne brille pas assez ? 

Malgré tout, j'accepte votre compatissance, votre condescendance, votre gentillesse accrue par la violence humide de mon regard. J'accepte que vous soyez plus tendres avec moi, plus aimables, plus aimants, plus proches, plus fous aussi, afin de me redonner ce qui me manque terriblement. J'aime le silence et je le déteste. J'aime la nuit mais elle me fait peur. J'aime les voix qui me parlent, pourtant elles m'obsèdent syllabe après syllabe. J'ai mal, mais je me projette vers l'avant pour ne plus ressentir cette saloperie de douleur. Je suis toujours face à ce mur, je n'attends que le moment où ma force reviendra pour me permettre de le franchir. Je ne suis pas morte, je ne suis pas anéantie, je ne suis qu'un petit animal blessé.

Je n'aurais jamais cru que son absence puisse être à ce point palpable.

Putain de nuit ! 

Je veux ouvrir les portes, les fenêtres, les routes qui mènent à la vérité vraie. Je veux être moi pour ne plus avoir à me disculper. Je ne veux plus me tromper, mais seulement comprendre pourquoi il est temps que je me regarde en face. J'aime le chemin qui m'attend, alors je le ferai sans lui, au grand jour.

La nuit ne me suffit pas ...