QUELQUES MOTS FOUS

(texte original- tiré de "L'incorrigible") 

J'ai passé toute la nuit à me chiffonner.

Mes amis sont partis, ils m'ont abandonné au coin d'une rue. Même si cette rue est la mienne, je ne retrouve plus ma porte. Peut-être que quelqu'un, ébloui par un talent soudain, s'est décidé à repeindre l'entrée des artistes. Combien d'intermittents et intermittentes du spectacle sont passés par là ? Pourtant, je ne sais pas quel est l'endroit exact, ni quelle serrure m'accordera un tour de clé même imprécis. Tant pis, je vais passer et repasser encore, afin qu'une lueur jaillisse d'un de mes yeux, ou peut-être des deux !

Celle là ? Non elle est trop verte ! Celle ci ? Non, elle trop molle ! 

 

 

Et puis, un cri, un appel lointain.
Je me gave avec quelques petites madeleines récupérées sur une table avant de monter dans la voiture du vieux Toto. Ma concentration se force à voir un petit bonhomme de l'autre côté de la street. Il est comme la mer et les vagues imaginaires sous le toit de la maison du fond. Il me semble que le nabot me tend un trousseau !
Ah, c'est Passe partout du fort boyard ! Mon héros de minuit, euhh il est 4 h du mat en fait, pas grave, on s'en fout non ? 
En le voyant s'approcher je me rends compte qu'il grandit. Il a mis un képi le mec, comme les policiers dans les films ! Son accoutrement est tellement copié qu'il va jusqu'à se saisir d'un sifflet !
Voilà, il est juste là, c'est un vrai flic je crois ! -Vous faites quoi à cette heure ci dans les rues ? Vous n'auriez pas perdu vos clés par hasard ? 
Je reconnais l'anneau de mon alliance autour de la kee ! Je récupère l'objet et "Passe partout" me dit : - Rentrez chez vous maintenant !
C'est bien sympa, mais je ne sais toujours pas ou c'est chez moi ! -OK ! 
 Il me regarde partir, alors j'ouvre la première porte qui vient, au hasard. Je suis veinard, pas besoin de clé ! La seule chose que je sais, c'est que je ne suis pas chez moi. Ou alors, je ne reconnais pas le salon ! Petit à petit, je prends de l'assurance, puis je m'installe dans un grand fauteuil en cuir noir. Dans un silence total, je me lève d'un coup, comme attiré par un but inéluctable. Je fouille dans le bar,  d'où un whisky de 12 ans d'âge me fait les yeux doux. Bien servi, le glaçon capturé dans la cuisine juste à côté, respectant le sommeil des braves gens qui m'ont offert à boire sans le savoir, je déguste ce nectar. Pour faire honneur à la qualité du produit j'en avale un second, plus rapidement, puisque j'entends des pas ! Une gosse bien roulée descend avec ses chaussures à la main. Elle sort sans me voir, ouf ! Je patiente un peu, puis je m'en vais à mon tour. Je m'assois sur un banc, juste en face, je viens de comprendre que je n'étais pas dans la bonne rue ! J'ai tout de même passé une bonne nuit, c'est le principal. Je m'endors du sommeil de l'inconscient. Je suis incorrigible comme dirait mes amis ...