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AU SOUVENIR DE GREGO

Un jour comme les autres. Une route comme les autres. Un homme respirant le respect, et puis un drame, douloureux comme tous les drames. Telle est la description la plus futile et la plus décevante que l'on peut faire lorsqu'un type bien croise son destin sur un rond-point ... Il y a une sorte de loi des séries en ce moment ! Amis cyclistes, faites moi plaisir, prenez-soin de vous, vous êtes en danger ! Sur le goudron, des hommes et des femmes aimant pédaler, se doublent et se saluent, mais ils peuvent être la cible d'un ou d'une inconnue passant par là, pour jouer dans un scénario de film "dramatico-réel".

Parfois, en une seconde, un pan entier de notre existence s'écroule. Sous les projecteurs de nos vies à tous, il y a des instants merveilleux, vécus avec des gens merveilleux. Ceux qui ont connu Grégoire Somogyi, ont cette sensation là aujourd'hui. Ils savent qu'ils ont croisé un mec extra, mais qu'à présent, plus rien ne sera jamais comme avant. A 44 ans, Grego comme l'appelait beaucoup de ses proches, était un coureur cycliste atypique, puisque tardif dans son approche du vélo, et pour cause. Pilote de ligne et commandant de bord à l'aéropostale canadienne, ça ne s'improvise pas, et c'est tout simplement dix ans d'études ! Ce vrai gentil, apprécié de tous, a laissé une douleur immense dans le sillage de sa carcasse solide et puissante. Tous les coureurs diront de lui la même chose que son copain Stéphane Le Boulanger : - Greg était attachant, affectif, attentionné, intègre, et de confiance ...

Dans son job, il avait rencontré Anne-Lyse, hôtesse de l'air dans la même compagnie que lui. Ils ont eu une petite Lucie, maintenant âgée de deux ans. Inutile d'être brillantissime pour comprendre quelle douleur et quel manque doivent endurer ses deux amours. Anne-Lyse privé de son mari, et Lucie de son papa, je vous adresse mes sincères condoléances.

Il suffit donc de presque rien pour détruire un parcours jusque là plutôt "estampillé bonheur". Un rendez-vous avec des amis pour aller rouler. Un camion dans le même timing que le champion, et puis ce fameux rond-point qui finalise l'effroyable malheur d'un choc fatal. C'est la triste info qui a glacé le monde cycliste déjà si touché ces dernières semaines. Grégoire Somogyi a perdu la vie ! Quelle banalité ! Quelle impuissance face à ce jour désormais marqué d'ombres malveillantes.

Grego était arrivé dans ce monde cycliste en 2000, à Senlis, où il prit une licence de série départementale. Très vite il remporte quelques succès et se retrouve en 2ème caté à l'ESC Meaux, le club cher à mon ami Jean-Claude Lambert, qui doit être dévasté lui aussi. Il y rencontre de bons coursiers comme Pioline, Prévost, Félix, Le Boulanger, Lavorel, Mathis, et tant d'autres. Puis, à force de courage, il grimpe encore les échelons et devient un membre important de l'équipe de division nationale 1 du CS Villeneuve St Germain, avec mon petit Gwen Tallonneau, Alex Gratiot, et consorts. Il remporte même une belle victoire à Coucy le Château ! En DN1 à 44 ans, c'est plutôt rare, mais Grégoire Somogyi était un être rare. Il aimait tellement ce sport, que son addiction était dissimulée par sa joie de sentir l'odeur des produits de massage, ou d'épingler un dossard au départ d'une épreuve. Il était friand de sorties interminables, les 200 bornes ne lui faisaient pas peur. Ses fans inconditionnels, c'était la famille Le Boulanger. Ils le suivaient de près avec un grand plaisir. Stéphane bien sûr, son pote, qui le canalisait parfois mentalement. Et puis Jacky, le père de Stéphane, dévoué pour le cyclisme depuis tant d'années, et attaché à Greg comme on peut l'être à un fils. Claudie, l'épouse de Jacky, avait elle aussi une sorte de filiation naturelle avec Grego. Le souffle de la famille Gallois était également très admiratif de ce garçon charmeur et authentique.

Ah, elle va beaucoup manquer la houppette de Tintin !

Dans son appartement de Villeron (95), son vélo Cannondale qu'il bichonnait tant, ne trônera plus ...

Jacky se rappelle avec un mélange d'émotion et d'admiration d'une course à Pont sur Yonne : - Il avait fait la moitié de la course tout seul. Un sacré numéro. Il les a tous mis à plus de 4 minutes !

Grégoire Somogyi avait une vo2 max digne d'un coureur professionnel, alors forcément, lorsqu'il était dans un grand jour ça envoyait dur ! Avec son look un peu british, le bob, le caleçon à rayures, les bas de contention et les claquettes, il faisait sourire ses amis. Stéphane Le Boulanger ajoute : - Il était comme un dandy, et il aimait les fringues de marques ! Malgré cela, il était le premier à remonter le moral des plus faibles. Il avait en lui cette faculté de prendre soin des autres, surtout des âmes fragiles. Anne-Lyse a supporté son caractère de compétiteur chaque jour. Elle a partagé ses moments de doutes aussi, parce que dans le vélo, malgré ses capacités énormes, il n'était jamais sûr de rien. Toujours impressionné par la concurrence, alors qu'il est certain que ceux là étaient très impressionnés par lui ! Il était un vrai sportif, torturé par son envie de bien faire, et pourtant soutenu par une sorte de zen attitude latente. Avec lui, il y avait souvent un paquet de gâteaux Gerblé, du soja, de la vanille, et des céréales muesli pour l'accompagner ! Sa passion excessive pour le vélo l'emportait quelques fois vers le dépit, notamment lorsque ses voyages l'empêchaient de faire une sortie. Il était capable de partir pendant sept heures en pensant que rouler plus longtemps compenserait le fait de devoir lutter contre plus jeune que lui

 

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GREG SOMOGYI Avec Jacky et Stéphane Le Boulanger, en mode détente. 

Ah Grego, tu vas vraiment nous manquer ...

Toi, avec une assiette de sushis et une bière américaine. Toi, pour une soirée foot en supporter inconditionnel du PSG. Toi, pour un voyage à Orlando ou à Miami avec les amours de ta vie. Toi, pour un match de basket US, avec l'ambiance et le show qui te plaisaient tant. Toi, qui prenait ton Range pour aller sur une épreuve gentleman à 200 bornes, avec ton pote Steph qui t'appelait "Mon dragster". Toi, qui "kiffait" Nicolas Sirkis et son groupe Indochine.

Oui Greg, tout ça c'était toi !

Et tout ce que j'écris là me remue les tripes, parce que je sais que tes amis souffrent. Je sais qu'Anne-Lyse et Lucie devront se priver de tes qualités et de tes défauts, de tes folies et de tes envies. Je sais combien il est difficile d'être de ceux qui restent. Je sais qu'il est hasardeux et violent de tenter de comprendre. Je sais que pour tous ceux là, le chemin de l'avenir s'ouvre sans toi. 

Adieu champion !