DU VAGUE A SLAM
11/02/2019
MICHAEL SABOURIN EN TOUTE SIMPLICITE
06/03/2018
ANNE-LYSE, GREG'S BLUES
30/11/2017
POUR L'AMOUR DU SPORT
03/11/2017
AMBRE ET LOLO FOR EVER
14/12/2015
DU VAGUE A SLAM

 

L'héroïsme est d'être là, face à vous, pour raconter l'histoire d'un autre (et peut-être de beaucoup d'autres). S'approprier son vague à l'âme pour en faire un vague à slam. Les blessures sont toujours les vecteurs de notre insolence. Nous crachons, nous hurlons nos différences pour nous en débarrasser, ne serait-ce que durant quelques minutes. J'entends parfois nos larmes tomber sur le sol, sans faire d'autres dégâts que leur écho. Il faut bien vivre, frissonner, se façonner avec plaisir, et puis sans doute se mettre au diapason des vents soufflant dans nos dos, ceux des artistes dociles que nous sommes. Notre force sera donc de partager nos mots brûlants au rythme des pulsations de nos entrailles. Ici même, ou ailleurs, nous ressentons tous ensemble le schéma de notre parcours insolite et éphémère.

 

L’image contient peut-être : une personne ou plusNous nous répandons de toutes nos écorchures. Il restera imprégné en nous cet espoir de convaincre notre slam du jour, afin d'aider nos larmes à sécher. J'aime m'identifier à la colère d'un autre, à toutes les autres pourquoi pas. Quand cette colère ressemble à s'y méprendre à ma propre ire, je fonds comme un glaçon s'évaporerait dans l'atmosphère réductrice. Le règne du silence prendra fin en même temps que notre secret de polichinelle. Cachés sous l'émotion de notre prestation jouissive, nous existons fièrement, mais sans prétention. Je ne dis plus rien. Je pense à tous ces pas que je n'ai pas su recouvrir. A toutes ces musiques que je n'ai pas entendues, ni même écoutées. A toutes ces personnes que j'ai oubliées en chemin par manque de lucidité.

 J'aime le jour. J'aime la nuit. J'aime le sourire des enfants. J'aime offrir ce que je n'ai pas. J'aime rire de rien, et si je pleure je n'en fais pas un drame. Le drame est ailleurs, là où l'on ne sait pas aller parce que l'on croit trop fort en notre inaccessible étoile. Oui j'ai le vague à slam, mais j'ai un remède vous dis-je ! Je le déclame partout où je le peux. Je le propage dans chaque cœur ouvert. Je le supplie de ne jamais se lasser ni de moi, ni de nous, ni de vous.

Si j'ai peur quelquefois, c'est que je n'ose pas tout déclamer. Je me retiens par pudeur pour ne pas en finir prématurément avec mon besoin d'espérer plus encore. Je souffle les bougies de la planète en émoi. Mon cadeau d'anniversaire, c'est d'être là, humblement, simplement, comme un pion sur l'échiquier des cœurs qui battent les plus forts. Je m'échine avec vous tous, chers écorchés vifs. J'entends au loin des amis slamer hautement et puissamment, comme pour m'aider à le faire moi-même en contrebas. Le partage est un luxe que l'on sait se permettre. Je vous regarde en face pour que vous sachiez que je ne sais pas mentir. Je vous défis de me trouver une arme plus salvatrice et plus destructrice que l'amour. Je le sens ancré en moi, comme une maladie incurable et torturante.

J'ai le sentiment que rien ne pourra lui nuire. Ni vous, ni moi, parce que si j'ai le slam à l'âme, je vous l'inculque sans lutte, de façon inévitable et indestructible. Je pose mes mains sur mon visage. Je ferme les yeux pour mieux vous voir. Je prends chacune de vos chaleurs et je m'en inspire pour créer mon imagerie sensitive. Vous êtes beaux. Vous êtes merveilleux. Vous êtes mes amis. Je sens votre lumière éclairer mon esprit. Je deviens presque vous à force d'être moi. Se produire n'est pas si facile, mais l'orgasme m'effleure à chaque mot prononcé, grâce à votre présence tout près de ma peau.

Je danse sur la pointe des pieds, sur des phrases que je contrôle à peine. Je me gave de mon attitude comme d'une gourmandise. Les ombres passent entre les lignes pour mieux me faire aimer la lumière. C'est bon d'être près de vous. Je sais que vous essaierez de me comprendre. Je sais que vous serez bienveillants envers ma détresse passagère, ou mon euphorie homéopathique. Je vous aime sans le vouloir. Vous n'êtes rien d'autre que mes "copiés-collés", alors je vous dois le respect, la beauté, la réalité, l'identité propre à vous tous, sans économie aucune. Ecoutez la vie qui vend sa marchandise. Ecoutez-moi, même si je ne suis que le porte-parole de ce moment inoubliable.

J'entends des chaises et des dents grincer. Je tiens le gouvernail et je ne le lâcherai que pour en faire présent à un ou une amie, qui l'âme en slam elle ou lui aussi, saura prendre le relais de mes tortures internes. J'ai pris tout ce que je pouvais prendre de positif pendant ce petit intermède avec vous. Je me suis effeuillé comme une fleur entre un pouce et un index, tout en douceur. Je suis toujours à la recherche de moi-même, mais je m'en suis approché en me libérant de quelques effets inutiles. Je pourrais slamer si longtemps encore. Je suis habité par mon corps en fusion. Je suis un électron libre. Personne ne saura me conduire où je ne veux pas aller. Je ne suis que moi, et si je vous offre mon reflet sans calculs ni obligations, c'est que j'ai confiance en vous.

Peut-être saurez-vous m'accepter comme je suis. Avec mon vague à l'âme. Avec mon vague en slam.

dilem 

 

                                                                                                                             Maud JUILLERAT (slameuse)