BELLA RAGAZZA

Dans les rues de Bologne ...

Photos d'une femme italienne de la ville de Bologne

 

 

 

Je marche avec le sourire aux lèvres et mon accordéon toujours affuté pour égayer mes heures. Ici la vie est "grandiosa", et moi pour les clodos du coin, je suis la "bella ragazza" !

Je m'appelle Ilna, j'ai la quarantaine bien sonnée, et je sais que je dois profiter de tous les instants que la vie veut bien m'offrir. Il y a dix ans je dirigeai une entreprise de prêt à porter. Tout s'est écroulé comme un château de cartes, mais j'ai gardé quelques notes de musique au fond de moi et au bout de mes doigts pour les longues et froides nuits d'hiver. "Per la mia italia cosi bella", je suis prête à dormir n'importe où ! Je chante, je danse, et je m'enivre de mon plaisir d'être là.

Qu'importe la richesse, qu'importe le regard des autres, je suis moi, et c'est bien ce que je recherche. Parfois, j'ai une petite sensation de manque, mais ça ne dure jamais bien longtemps. A Bologne, le temps est resté figé pour ceux qui le désirent vraiment. Les mélodies que le vent me rapportent par rafales, sont celles du siècle dernier, et ça me convient comme ça. Les années d'avant 2000 étaient aussi belles que peut l'être ma ville de toujours. Je me souviens à peine du bonheur de dormir dans un lit douillet, et pas plus des bras de mon compagnon de cette époque dite chanceuse. En tous cas, je ne regrette ni l'un, ni l'autre ...

A présent, chaque seconde compte, chaque sourire est perçu à sa juste valeur. Je mange un peu, je bois quelques fois, mais je ne suis pas triste du tout. Je sais bien que cela vous semble difficile à comprendre, mais si vous n'êtes pas en phase avec mon existence, n'essayez surtout pas, je suis pour vous une cause perdue, comme vous l'êtes pour moi. Votre monde n'est plus le mien. Moi, je vous accepte comme vous êtes, même si je sais que je vous dérange. Rien que quelques notes s'envolant au dessus de la Piazza Maggiore, des vêtements pas assez propres à vos yeux, et je deviens une erreur de casting ! Je ne suis pas une erreur de casting, parce que le film dans lequel nous jouons tous ensemble, c'est seulement une blague que vous n'avez pas comprise. Vous avez un rôle et moi j'en ai un autre. Le réalisateur avait sans doute prévu une fin joyeuse, vous me faites douter chaque jour un peu plus. Essayez de me comprendre, et je vous promets d'en faire autant.

UN NOUVEAU DEPART

Extrait "blanc" du recueil de nouvelles "bleu-blanc noir" (Didier LEMOINE)

 

Tout me parait bien en place. La pluie continue de tomber, mais je m'en fous, je reste là, comme si de rien n'était, presque héroïque. Oh je sais bien que je vous ai ennuyé avec mes problèmes depuis des mois, mais aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, tout me semble clair. Je me suis habillé de rouge, parce que c'est ma couleur préférée et puis tout le monde me dit qu'elle me va bien. Ce matin, j'ai démissionné de mon travail. Caissière, c'est vraiment un boulot à la con  ! Je suis partie comme ça, sans prévenir, et pour couronner le tout, j'ai tendu mon doigt du milieu en direction de la direction, tout en fixant un point imaginaire ! Là haut, dans leur cage de verre, ils m'ont aperçu et m'ont sans doute pris pour un mirage.

 

Je n'en étais pas un, et me voilà donc sous les flots de ma nouvelle vie. Clémentine, Pascale et Nanou, mes collègues de cœur, je vous souhaite beaucoup de courage. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps. A cet instant, il y a tant de mots qui se bousculent sous mon parapluie, que je ne sais par ou commencer, pour vous expliquer la raison de mon abandon.

Je vais faire le plus simple possible.

J'ai 35 ans, je suis divorcée, je n'ai pas d'enfant, je n'ai aucune attache. Ici, le quotidien n'est qu'une illusion de vie. Quand je me vois dans le miroir le matin après la douche, je me sens moche. Pourtant, tous ceux que je croise semble me dire le contraire. Si ce décalage existe, c'est que je me suis trompée de route, non ? Des cordes s'abattent sur mon nouveau monde , comme si le ciel avait décidé d'arroser la bonne nouvelle. Ma petite Nanou, je sais que tu vas pleurer en lisant le petit mot que j'ai délicatement posé dans ta boite aux lettres, puisque tes larmes sont ton mode d'expression le plus crédible. Assise sur les marches devant ma petite maison, je hume mes derniers moments de complicité à une société bâtie pour nous moquer et nous avilir. Je ne suis pas triste, au contraire, je vais enfin pouvoir exprimer ma joie d'être en vie. Je vais passer quelques jours chez JF, à St Raph, parce qu'il est mon confident de toujours, et qu'il m'a demandé de venir le voir, avant que je rejoigne ma terre promise. J'ai donc décidé de me suffire à moi-même, tant que j'en aurais la force et l'envie. Je n'ai jamais oublié le silence agréable de mes meilleurs souvenirs. Je vais juste dilapider mes maigres économies, et puis on verra, "Hasta la vista" !

Je suis jeune, je vais faire des petits jobs, je vais peindre toutes les jolies choses sortant de mon imagination fertile. Je vais fuir la réalité avant qu'elle ne me tue. Je suis prête à ne plus être un pion, à ne plus être une main qui enregistre des codes barres, qui range des boites de conserve, ou une voix qui annonce une addition plus lourde qu'elle ne devrait l'être, à des gens déjà à la dérive.

Je suis prête à être moi !Je suis même prête à tout !

Je me vois déjà, pinceaux à la main, face à la mer ou à la montagne, comme dans le rêve que je faisais en boucle, les soirs ou j'avais bu un peu plus que de raison.   

C'est vraiment chouette la vie, alors à 35 piges, il est largement le temps que j'en profite.

 

LE CHAT DE MADAME

Arrête de miauler, je n'ai pas le temps de m'occuper de toi tu sais ! Ce vin est une merveille, je suis nue sous mon drap et en plus j'ai la flemme de m'habiller, alors tu penses bien que tu es le dernier de mes soucis ! Un jour, j'aimerais que l'on m'explique pourquoi, chaque fois que je suis un peu pompette, tu viens près de moi te frotter le long de mes jambes, comme un mâle en Ruth.

Qu'il est bon ce vin, je vais aller jusqu'à la cuisine m'en servir un autre verre. Ne me regarde pas comme ça "Moune", j'ai juste envie de m'éclater un peu, j'ai le droit, je viens de me faire plaquer par l'autre con, tu sais celui qui te balançait des coups de pied quand tu lui coupais la route. Je suis bête, bien sûr que tu t'en rappelles, tu as vécu sous le même toit que lui pendant deux ans ! Tu es heureux qu'il soit parti toi, c'est sûr, hein ? ... Moi, j'ai mal tout au fond, et ça me fait froid à l'estomac, on dirait que l'hiver est entrée en moi et que je n'ai pas les bons habits.

Il va peut-être revenir, on a déjà vu ça non ? En tous cas, on a jamais vu un chat répondre à une question, même une question aussi conne que celle-ci ! La porte est restée ouverte. Je sens comme un petit vent doux qui glisse sous ma jupe. J'aime bien, ça me donne des suées, une excitation particulière. Le souffle s'engouffre entre mes lèvres, c'est bon, c'est chaud, c'est déroutant. Je trouve la force de me lever pour ne pas jouir tout de suite. Je vais m'offrir un autre exemplaire de ce délicieux nectar. Ne me suis pas "Moune", je vais juste le gouter encore, pour voir s'il est aussi bon ! On sait jamais, j'ai vu un papillon tourner autour, si ça se trouve il est tomber dans la bouteille ! Tu pouvais pas l'attraper toi "Moune" ? Tu n'es vraiment pas à la hauteur comme chat ! Je n'ai pas envie de rire, mais je ris quand même. J'ai envie de pleurer, mais je n'y arrive pas. Heureusement que tu es là petit chat tout noir !

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On dirait que tu as envie de me consoler ... c'est gentil ça ! 

Tu n'y arriveras pas. Pour ça, il faudrait que tu fasses au moins 1 m 80 et que tu aies les yeux bleus. C'est pas gagné ! Bon, j'ai envie de m'allonger un peu sur le gros coussin par terre.

Tu viens avec moi "Moune" ? Je suis bourrée je crois bien.

Un chat s'endort sur ma petite chatte désespérée. Je ne sais pas si je vais arriver à me reposer parce que je pense à lui. Pourquoi il m'a laissé avec le chat ? Peut-être il était jaloux de lui ! C'est vrai qu'il n'arrivait pas à ronronner ce gros connard !

Je voudrais bien pleurer. Je voudrais bien vider ma tête. Je voudrais bien me faire cadeau d'un retour en arrière d'une année. Je n'ai plus soif, mais je bois encore. Il faut que je finisse cette bouteille pour voir si le papillon est au fond !

Je vois des petits anges qui passent autour de moi. J'aime bien quand la nuit s'éteint, on dirait un abat-jour qui déprime. Moi aussi je crois bien que je déprime. Quand je ne serai plus saoule, j'arrêterai de boire, c'est promis ! 

Un jour, je raconterai ma vie dans un livre. Les gens vont se moquer de moi, mais je m'en fous. Je me souviens de mes rêves quand j'étais petite, dans la grande chambre de ma grand-mère. Des histoires à dormir debout, avec des princesses qui dorment au bois, et des chevaliers sur des chevaux plus blancs que dans les pubs pour la lessive.

Hey, ça va petit chat ? 

T'as raison, fous le camp, fais comme cet enfoiré ! Je vais rester seule avec mon Irançy, plus rouge que mon sang. Je suis couchée sur le carrelage tout froid. Je m'endors avec la bouche sèche et des idées bizarres. Le chat est revenu. Je sens sa présence sous ma jupe. Il est pas fou l'animal. Là il ne risque pas de se geler les griffes.

Je m'enfuiiiiiis .... 

Rrrrrrrrrrrrr ...

LE GOUT DE MON ART

A Anna ...

Je garde une moitié de moi pour réfléchir, mais l'autre est à jamais cachée ...

Que de temps passé à marcher sur un chemin trop sombre. Un matin, je me suis mise à boiter et à comprendre que rien ne pourrait plus m'éloigner de mes vraies valeurs. Je suis une artiste qui retrouve le goût de son art. D'un trait de fusain sur mon front, et voilà que des cheveux longs et noirs retombent en me voilant la face. C'est la partie que je veux oublier pour toujours. Ce sont les reflets des silences que je laisse derrière cette mèche incertaine, comme on laisse une histoire manquée. Mes pas sont de plus en plus surs. Devant, l'horizon est dégagée et la lumière brille à nouveau. Le choix d'une couleur, l'attitude d'un personnage naissant sous mes coups de blues ou de cœur, c'est un cadeau de la vie !

Il n' y a rien de plus beau que créer sa propre route en dessinant des lignes inconnues, des visages imparfaits, des rictus étranges et originaux. Il n' y a rien de plus enrichissants que de faire connaissance avec soi même. L'un de mes yeux est en parti dissimulé, mais je devine malgré tout votre réticence à me comprendre. Je ne suis que moi, mais si vous voulez me découvrir autrement, je ne peux absolument rien pour vous. J'ai rougi mes lèvres, j'ai rosi mes joues, mais ne vous y trompez pas, ce ne sont que des artifices pour vous attendrir.

Je garde une douleur profonde de mon vécu, pourtant, l'avenir me semble accueillant, presque souriant.

Ma façon de penser est une jolie danse de compréhension et d'erreur à ne plus commettre. Mes souffrances ont laissé des traces indélébiles. Je reste à l'écoute de l'autre parce que je suis humaine et fragile. Demain est un jour que je ne connais pas, mais mon immense plaisir de vivre me donne à nouveau envie de le découvrir. Pour cela, je me servirai du côté libre de mon regard, j'observerai sereine comme une femme heureuse de retrouver la foi d'un art magique et secret à la fois. Du plus profond de moi, j'attendrai l'instant merveilleux de la rencontre. Une complicité incomparable avec mon alter ego masculin. Je découvrirai une grande patience, une humilité captivante et innocente. 

Où es tu ? As-tu le temps de me rejoindre dans les parfums du goût de mon art ? L'avenir me donnera une réponse claire, mais ma solitude présente peut aider à me guider vers le bon chemin ! Mes pensées flirtent avec une image positive de ce qui m'attend. J'ose dire que je reflète mes dessins comme une autre façon de me voir dans le miroir. Je n'ai plus peur de ma douceur. Elle me permet d'être ce que je suis. Une artiste, une femme, une amoureuse de toutes les choses qui me touchent. Les choses qui font rire ou pleurer. Les choses qui me renvoient vers la beauté d'une peinture.

Je crayonne mon avenir ... 

LE CHEMIN D'UNE ARTISTE

 Pour une femme triste

 

 

Je te devine à l'autre bout de ce clavier. Ton œil malicieux me renvoie la scène.

Tu essuies un échec douloureux, en silence, sans pleurer, sans le montrer en tous cas !

Digne sans doute, mais froissée à jamais.

C'était surement de l'amour puisque tu as si mal, ça ne peut pas être de la fierté, enfin je ne crois pas !

A moins que tu ne te décides un jour à dessiner ce que tu ne ressens pas. A moins que tu ne veuilles aujourd'hui, t'écrire des pages pour te faire croire à une souffrance légitime. Non, pas une seule seconde tu ne pourrais te mentir à toi-même ...

Il y a ce chemin sur lequel tu t'aies égaré et celui que tu dois retrouver au plus vite. Là où les rires, les yeux qui brillent, et les avants bras qui frissonnent s'en donnent à cœur joie. Là où le partage est un ami quotidien, sans tricheries, ni secret en tous genres.

J'aime ta fragilité et ton sourire partageur. Il y a des êtres comme ça qui n'ont pas besoin de se mettre en valeur pour offrir du plaisir aux autres. L'inconnue devient alors une image précieuse, presque indispensable, lorsque les douleurs communiquent entres elles. Le souffle de ton âme est passée dans l'air, je l'ai seulement respiré un peu, juste un peu, afin de t'aider. Il te faudra du temps certainement, avant de remplir à nouveau tes poumons d'air frais, mais toi seule pourra le faire, et capturer enfin le sens de la bonne direction.

Regarde en face, sans te retourner, il y a cette ligne d'horizon qui t'attend ! Tu n'as pas grand chose à faire pour réussir, simplement oublier, et avancer, c'est la règle du jeu après un échec.

Se reconstruire égoïstement, et puis un jour peut-être, réapprendre à donner à l'autre sans appréhension aucune. Rêve, ris, explose de vitalité, donne toi la chance de revivre encore plus forte. Les artistes ont en eux tous les sentiments de la terre, multipliés par mille, alors quand ils ont une réaction, positive ou négative, c'est toujours dramatique. 

Prends tes pinceaux, installe toi, et fais le plus beau dessin que tu n'as jamais fait !






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