LE CACHOT

(Extrait du "Monde d'Edwin")

 

                                                      Sous la couette immaculée, une jolie femme, an ange ou presque, s'endort ou fait semblant. Nue comme un rêve inutile, comme une page perdue dans son tourbillon de souvenirs peut-être trop violents. Je prends le temps de la regarder encore un peu, une dernière fois, puisque nous ne nous suffisons pas ! J'avais envie de lui offrir une mémoire nouvelle, configurée dans un espoir doux comme un avenir doré. Parfois, il ne faut pas essayer de comprendre. Parfois, il vaut mieux abandonner avant de sombrer. Pour l'instant, elle est bel et bien là, sous mes yeux émerveillés par son audace attirante. Je ne suis pas triste, simplement surpris de voir que cette force si palpable ne servira à rien ! Je me sens enfermé dans un cachot de sentiments inefficaces. Chacun de ses gestes, son sourire, sa voix, resteront au chaud blottis dans un coin de moi. A quoi sert ce rangement d'émotions, ce défaut infantile, cette lumière étouffée, voilée par la vérité qui fait mal. Nous sommes des animaux, seule la voix nous différencie et nous oblige à nous exprimer. Sans doute est-ce la raison de toutes ces simagrées assassines. Dors, oublie les silences trop profonds, les enchantements provisoires, les hallucinations fragiles. Rien n'est jamais écrit d'avance. On peut croire à ses rêves, mais au bout du compte, ce ne sont que des rêves. L'attirance elle, c'est la nature de deux aimants incontrôlables. C'est juste comme ça, comme deux oiseaux sur un perchoir, deux chats qui partagent une pelote de laine, deux gosses qui se tiennent par la main.

La lune est blanche et pleine.

 

 L'amour flotte au dessus de ta couche. Je ne te quitte pas tout de suite, puisque je suis encore invité à rester. Invité par la nuit que nous venons de passer, par les frissons qui ont lissé mon épiderme, par la folie de ton corps au contact du mien. Pourquoi laisser s'enfuir autant de plaisir ? Pourquoi ouvrir cette porte afin de me sauver ? Pourquoi offrir au temps l'opportunité de nous faire vieillir encore ?

La nuit fut émouvante. Elle m'a glacé jusqu'à te sentir couler dans mes veines, jusqu'à te supposer dans un de mes prochains regrets. Tu ouvres un œil, les deux ce serait trop ! Tu vois que je te vois, tu esquisses une mimique rieuse, et puis tu sursautes, tu t'assois sur le lit, laissant tes petits seins magnifiques me prendre en otage. N'approche pas, je t'en supplie. Reste de l'autre côté, là où tu n'es que dangereuse. Si tu m'effleures, je ne serai plus qu'une grenade dégoupillée, un orchestre sans chef, un troupeau sans gardien, une voix sans écho. Reste au creux de ton drap de soie, glisse lentement, éloigne toi de mon penchant pour ne plus me tenter. Regarde moi sans me fixer, tend moi la main sans me toucher, accepte moi comme je suis, un simple vent, un passant inexorable. Je sais bien que ma cuirasse a souffert de te connaitre, mais ça ne change rien, les blessures se referment, les souffrances se transforment. L'ombre de toi planera ostensiblement, tu habiteras ma mémoire, tu surferas sur ma peau, mais la vie se fout des douleurs visibles ou non. Tout le monde a son cachot, tout le monde a son mode de fonctionnement, tout le monde se donne bonne conscience. Que je reste ou non, les heures que nous avons partagées sont derrière nous. J'essaie de ne pas vivre avec des souvenirs, si beaux soit-il ! Chacun de mes pas effacera ta trace, comme pour expier ma colère de t'avoir abandonner. Je ne partage pas mon cachot ... 

L'ESPRIT DE NOEL

(Extrait du "Monde d'Edwin") 

Comme tous les ans, j'avais dit à tout le monde que Noël ne représentait rien pour moi. Sous mon toit, la solitude est un silence et une église à la fois. Je me cache derrière cette croyance inutile, et je le porte comme on porte un fardeau. A soixante piges, je ne vais pas me mettre à danser sur les tables et puis je ne connais pas d'enfants assez bêtes pour croire à cet imposteur ! Ce gros pépère vêtu comme un clown frileux vient chaque année sans que personne ne l'invite. Alors, un de ces quatre, je prendrais le temps de lui parler en mode face à face. Cette fois ci, je ne me sens pas encore capable de le faire. A force de perdre des morceaux de moi, par le sang ou par le coeur, je ne peux pas croire à ça. Il y a un oeil qui m'observe, loin là haut, juste au dessus des nuages les plus épais. Je ne sais pas quel fantôme exerce ce pouvoir sur moi, mais je le ressens de plus en plus fort. Mes meilleurs amis sont toujours là pour me rappeler que le 25 décembre existe !

 Même si ma jeune et jolie complice me demandait de l'aimer ce jour, en me regardant tendrement, je ne pourrais pas..

Il n' y aurait que moi, je passerais du 24 au 26 sans m'en soucier. Pourtant, je crois que j'accepte petit à petit l'idée d'être dans l'esprit de Noël ... Je dois vieillir, je dois disloquer mes muscles, je dois atrophier mon cerveau de plus en plus conciliant. J'ai peur de tomber dans ce trou noir que d'autres ont creusé à ma place. Le gosse de mon voisin, Maxime, disait à son père l'autre matin : - Comment il va faire le père Noël pour faire avancer son traîneau ? Il n' y a même pas un seul flocon de neige ! Je serais bien resté cinq minutes de plus pour entendre la réponse débile de son papa, mais j'ai cru bon de m'éviter cela. Après tout, ce n'est pas moi qui ait inventé ces conneries ...Je ne suis pas encore prêt à souffrir de mon manque d'objectivité. Noël m'offre encore une sorte de conflit intérieur. Pourquoi les gens changent-ils de visage ce jour là ? Pourquoi sont-ils aussi dociles, aussi crédules ? Je ne cherche plus de réponse depuis bien longtemps, je me contente de me reposer la question ! Alors, d'une manière calculée, ce 26 décembre, je vous souhaite un joyeux Noël ! Je me suis fait un bon petit réveillon, à la sauce Edwin. J'ai mangé les meilleures pâtes et le meilleur gruyère râpé que je n'ai jamais eu l'occasion de déguster. Quel plaisir ! Je n'ai même pas invité ma chérie, elle fêtait ses 25 ans le même jour ! Mon caprice fut de la laisser s'amuser loin de moi, je ne voulais pas l'empêcher de croire au père Noël ... Quand elle me demandera son cadeau, demain, je lui dirais que nous allons nous quitter, c'est le plus beau cadeau que je puisse lui faire. Vivement Noël prochain !!!

TEQUILA

(Extrait d'une nouvelle "EGOISTE")

 

Je suis sorti de la nuit avec une certitude, le rire est un remède pour tout !

Je viens de passer par le sentiment le plus profond qui existe. J'ai acquis en quelques heures, l'envie de vivre encore. Toi mon ami de la soirée, tu es une sorte de bienfaiteur, un enchanteur, un rêveur accessible. Il n'y avait plus de whisky à boire, peu importe, la tequila a coulé à flots.

Notre face à face fut d'une grande utilité humaine, comme un regard tourné vers le même objectif :    Vivre enfin pour soi même !

Le monde nous torpille continuellement. Ses "scuds" meurtriers rabaissent les plus faibles à de simples figurants. Le film est bien écrit, mais le scénario est devenu un poison sans antidote. Il faut se battre sans cesse. Même bien entouré, il faut gesticuler seul, avec les armes que l'on possède. La mienne est une sorte d'humour sarcastique qui renverse toutes les montagnes. Mon adversaire le plus rude ? La peur de devenir comme la majorité des gens, un pion tarifé au service d'une minorité totalitaire ! Le sang coule dans mes veines, comme un torrent de lave. Je hais les imposteurs, les menteurs, les tricheurs, ceux qui nous crachent à la gueule lorsque nos genoux plient. La violence va bientôt s'installer chez les plus doux d'entre nous, parce que, comme les livres d'histoire nous le rappellent, la guerre se nourrit de l'injustice des hommes envers les hommes. Bientôt, le marasme va nous atteindre comme une prophétie dont nous sommes les uniques auteurs. Cette nuit, j'ai compris tout ça, grâce à cette tequila de hasard, et aux dialogues de nos pensées antagonistes. Cher nouvel ami, j'ai envie de me marrer de tout !

 De ceux qui s'imaginent être les seuls à souffrir. Les géants ont un secret, ils ne pensent qu"à eux mêmes.

                                                                  Je n'étais pas un géant avant de te rencontrer. Maintenant, depuis cette pluie d'étoiles sous le ciel de notre conversation, je sais que je peux le devenir. Je devrais donc pour ça écraser les autres, me moquer de leurs fragilités, exploiter leurs carences, ruiner leurs potentiels. Je devrais donc être cet égoïste sans faille.

Jamais, tant que j'aurais un souffle de vie, je ne pourrais me considérer comme un être supérieur. De là, naissent toutes folies, tous les tracas des hommes. Alors quoi faire ?

                                                                 Rire de nous, rire à n'en plus finir. Se foutre de ceux qui pensent être importants. Se foutre de ceux qui par vanité sont capables de tuer, de voler, de détruire. Se foutre de la bourgeoisie à peine dissimulée derrière un paravent de mensonges et de fausses modesties. Se foutre de la nuit que je viens de passer à me défoncer à l'ombre d'un sombrero, avec un mec aussi extraordinaire que pragmatique. Se foutre du temps qui court pour faire de nous des impuissants, des incohérents, des vieilles reliques à la merci de n'importe quelle force, fusse t-elle pure ! Se foutre de l'exposition des richesses. Se foutre de la rage des insolents. Se foutre de tout en bloc, pour se rendre compte que finalement, tout compte, y compris le futile ...

Futile comme le regard d'un enfant qui a peur. Comme celui d'une femme que l'on trouve jolie. Comme la foudre qui tombe sur un arbre innocent. Comme les silences qui parlent souvent bien plus que n'importe quelle voix. Comme les images du passé, qui tapent dans nos têtes comme un tambour du bronx. Comme la lumière du jour qui rallume l'espoir d'une nuit manquée. Comme la colère d'un astre qui brille pour rien. Où comme le rêve inutile d'un petit astéroide égaré dans l''atmosphère.

Ohhh tequila !

                                                Je veux bien devenir égoïste. En même temps, je ne veux pas être un autre que moi, alors je me suis contenté de picoler avec un intellectuel presque raté. Je le remercie d'avoir accepté ma compagnie et d'avoir partagé sa souffrance, pour effectuer ce constat sans fard. La braise était là devant nous, nous avons soufflé dessus, sans retenue, et l'évidence a jailli !

                                               Je sais maintenant que pour un gros nuage de tequila, nous avons vendu notre âme au plus offrant. Le rire a gagné sans lutte. Même pour une nuit d'errance, heureusement qu'il reste cette possibilité ...

JE N'ENTENDS PLUS LES CLOCHES
 
L'enterrement d'Ornans, magnifique tableau de Gustave Courbet.

(Extrait de "Liste noire") A mon frère ... A mon pote ...Le jour J.

Derrière la foule plutôt obéissante, je marche en faisant de petits pas. Lentement, tout le monde s'approche de l'immense trou, où l'on va te "jeter"dans quelques minutes. Comme on jette une malle à souvenirs, un sourire saccagé par le temps, une étoile qui ne brillera plus. Le but est donc de t'enfouir, ici même !

Je me fais le plus petit possible, pour ne pas avoir à montrer ma peine. Je suis définitivement conquis par la vie, même dans sa plus grande injustice, dans son reflet le plus noir. Ici, nous avançons au fil de nos envies, de nos besoins, de nos rêves les plus fous. Quand un de nous disparaît, nous oublions les courroux et les rancoeurs, les haines parfois, le temps d'un regroupement artificiel et pathétique. Je m'expose enfin, là, devant toi et ta dernière maison, plus étroite que jamais. 

 Tu dois te marrer de me voir si triste, mais tu sais bien que je suis le plus secret d'entre nous. Pour rire, j'étale mes différences, pour pleurer, aujourd'hui, je ne me retiens plus . J'ai pris le temps de t'observer une fois de plus, même caché derrière ce bois clair, je te vois. Tu es plus beau que d'habitude, plus serein, plus immobile, plus fort que jamais ... la mort rend invulnérable ! Chacun y va de sa petite croix, dessinée à la "va comme j'te pousse", ou d'un geste personnel propre au trouble de l'instant. Je me contente de mettre mes mains dans le dos et de baisser la tête. Je pense que je suis dans un monde parallèle à ce moment précis. Je suis infidèle à mon athéisme, infidèle à mon âme, je m'inscris dans une logique de douleur incontrôlable. La nuit s'est invitée au grand jour, les ombres deviennent réelles et grandissantes.

Après cet épisode, il restera à se reconstruire autrement. Une sorte de combat pour tenter d'oublier le pire. Faire d'une plaie une simple cicatrice. Faire de nous, de nouveaux invincibles ! Le rire sera là pour nous aider, comme toujours, comme ce soir déjà, lors du banquet d'adieu. Je le sens extraordinairement exhaustif. Après la dernière page, fatalement, le mot "fin" s'inscrira au générique. Dés demain, tout basculera vers notre nouvel horizon.

Les silences se rempliront de toi et puis les bruits deviendront des alliés de circonstance. J'aime la pluie, parce qu'aujourd'hui le ciel bleu et le soleil sont des imposteurs. J'aime la nuit, parce que le jour nous ment. J'aime la force qui est en moi, parce qu'aujourd'hui je m'en sers pour ne pas m'abandonner à la facilité. Au loin, les cloches ne sonnent plus ! Ont-elles compris que l'inutilité est un caprice ? Je suffoque à l'idée de ne plus les entendre ! Cela voudrait dire que le film est bel et bien terminé, que ce fameux générique est l'ultime hommage que l'on ose rendre à une vie entière.

- S'il vous plait, faites sonner les cloches encore une fois ! S'il vous plait, je n'entends plus les cloches !

Et puis, je me délecte de les ré-entendre, mais est-ce bien réel ? Je fabrique peut-être des sons inimitables, des colères insoutenables, pour ne pas céder à l'appel du sombre. Le bal des hypocrites peut commencer. Nous le sommes tous, puisque nous essayons de ne pas confondre le mal et la peur. Une danse insolite, des images qui défilent, des regrets qui s'apprivoisent. Qui peut me dire pourquoi de nouveau je n'entends plus les cloches sonner ? Je m'applique, je me concentre, mais je présume que cette fois je ne peux plus rien faire, ni pour lui, ni pour moi. La foule se disperse, l'angoisse se rapproche, la route à parcourir est en face de moi. Les chemins adjacents me sont inconnus. Je marche quand même, plus lentement, plus concentré vers des objectifs ahurissants. La renaissance s'est éteinte à jamais.

Je n'entends plus les cloches... 

SOUS LA CARESSE

(Une nouvelle ...assez nouvelle)

 

Pour définir une sensibilité imprévue, je dirais peut-être, et non pas surement ! Un instant se fragilise très vite, quand un courant venu de je ne sais où survient ! Etre à côté de toi est assez surprenant. Comme si les émotions devenaient une évidence soudaine.

                                                         C'est bon, c'est chaud, c'est nouveau, c'est agréable, malgré quelques picotements de doute en bas du dos. Situation incontrôlable et sans lendemain. Le silence rend complexe ce genre de désir. Pourtant, rien ne m'empêche de diffuser le courant qui passe, ou plutôt si, tout m'en empêche ...Je suis un convalescent permanent, un artiste disparu sous les vagues, un enfant de la solitude.

En t'imaginant de l'autre côté des dunes, je ressens ce que je ne devrais jamais plus cacher. Un bien être rendu secret, et dissimuler par l'écho d'une caresse imaginaire. Je te dédicace cette image là, pour la mémoire d'un si bel instant. Toi, moi, peu importe ce qu'on en fera ! J'attends que le jour se lève à nouveau, pour décider si je préfère la nuit ...Au bout de quelques secondes, je sais déjà que le miracle a eu lieu. Chaque minute donne sa chance à la suivante. Je suis toujours un artiste, un homme blessé, mais bien vivant. J'ai pris place sous ta caresse, j'en profite encore un peu. Si je n'apprécie pas ce jour autant que je le devrais, c'est que je ne le comprends pas ! Une caresse, c'est parfois difficile à oublier.

 

Vivement demain ...

 






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