MALIKA

(Extrait du "monde d'Edwin")

Un samedi soir, assis dans la rue, un parfum flotte, innocemment, indéfiniment imprégné de toi. Je me sens "étrange" après nos aveux de désir impossible. La nuit renverse les certitudes, je ne suis plus en phase avec aucune réalité. Je traîne comme un serpent, entre les obstacles et les pensées qui raniment ta bouche, ma fièvre, tes mains douces, et tes silences fragiles. Là, les yeux captés par cette lune glissante et métisse, je m'imbibe d'un liquide salvateur et destructeur à la fois. L'ombre de notre vérité coule lentement en moi. C'est beau une femme qui rit, j'aimerais rire avec toi ! Le temps me fissure un peu plus, ta savoureuse jeunesse me crache au visage. Sombre de moi, sous les traits d'un spectacle inaccompli, je tangue vers le secret d'une vie de hasard.

Qui es-tu ma princesse ? Qu'attends-tu pour me dire que tu as mal aussi !

Je n'ai que le sol souillé comme interlocuteur privilégié. Je souffle la crainte du vide qui noie tes charmes infaillibles. La nausée s'approche comme une amie. Elle me rappelle que tu me manques, que tu m'évites, que l'évidence est trop forte. J'aime ta présence, j'aime les troubles que tu me procures, j'aime tes gestes incertains. Au bout de mes folies, il y a toi, belle, sensible, délicieuse à croquer. J'ai tant de choses à te dire et si peu à t'offrir ! Le ressenti ne sera pas suffisant, la tendresse ne sera pas compatible. Je suis si bien ici. J'aime savoir que tu sais, j'aime savoir que tu n'es pas indifférente, j'aime ce que tu es, j'aime la solitude que tu m'infliges. Pourtant, il y a une petite voix qui me parle. Une voix positive et relaxante, une voix rassurante et batailleuse, une voix rebelle et pensive, une voix contre laquelle nous ne sommes que des pions sur un échiquier.

Cette voix m'emporte vers toi. Elle me demande de ne pas abandonner le cadeau que tu représentes. J'aime les belles histoires, celle-ci est douloureuse et merveilleuse à la fois. Un soupir dans mon cou, le tien ! Une image de folle attirance retenue, une image de délicatesse enchantée, de colère fatiguée. J'ai besoin de t'émouvoir, besoin de te consoler, besoin de poser mes mains sur ta peau. Je tend mes paumes vers ton âme imaginée, je te sens toute proche, je te respire encore, peut-être pour la dernière fois ! Je n'ose croire à un miracle, je te devine pourtant si proche, si accessible, si diminuée face à mon élan incontrôlable ! Je te sens vulnérable, mais je suis trop respectueux pour profiter de cette faille perceptible. Tu es juste au bout de mes doigts,  je ne dois pas attendre, seulement entendre la raison qui me balaie comme un silence.

LA BONNE SURPRISE

(Extrait du "monde d'Edwin")

 

Un regard un peu plus appuyé que d'habitude, un silence un peu plus long, une façon de se rapprocher sans le savoir, une conversation qui ne finit jamais, un effleurement qui devient un frisson, et voilà, c'est la naissance d'une histoire ! Tu étais là, comme une passante innocente, comme un tableau aux couleurs invisibles, et puis, en une seconde, la lumière a filtré, le besoin est devenu manque, l'aquarelle a pris son élan ! 

 Je t'adresse ces quelques mots pour te dire que le manque est de plus en plus grand, mais aussi que cette porte close ne te ressemble pas. Une histoire ne mérite que de vivre. Les images que l'on s'en fait parfois, ne sont souvent que des illusions faussement négatives.

Jamais je ne te laisserai oser l'indifférence, ni même le faux semblant ou le mensonge. J'assume mon attirance, comme on assume une envie de vibrer. Si tu refuses de sombrer pour une illégitimité insolente, je te garderais tout de même précieusement dans l'écrin de mes plus beaux secrets. Je respecte ton choix, mais je sais qu'aller contre ses propres sens n'a aucun sens. L'ombre de toi pèse comme une torture avilissante. La pluie des mots déferlent sur mes pages blanches et l'insoupçonnable dope l'imaginaire.

J'étale mes pensées, je décline mes émotions, comme on lâche une vérité soulageante qui pourtant ne change rien ! Le moment venu, je m'accorderai un répit. Je t'oublierai quelques heures pour mieux te penser un peu plus tard. Je décide d'en finir avec le temps qui passe. Je veux apprendre le temps qui reste, pour profiter de ses embellies étonnantes.

Les frondes n'y pourront rien, les donneurs de leçons encore moins, je ne suis qu'un étalon pacifique. Puisque mes rêves grandissent, puisque mes souvenirs mûrissent, puisque je suis là, face à ce tourbillon de fragilité, je veux encore éclairer mon chemin. Les secrets ne soulagent aucune frustration, ils ne sont que des cachettes inventées par ceux qui refusent les authenticités. "Demain est un jour nouveau", j'accroche ce slogan sur mon porte-clé, à ma ceinture. Derrière ce gadget, je mettrai ta plus belle photo, nue comme une âme pâle, comme un sous de conscience. Chacun de mes gestes portera tes caresses, chacun de mes rires s'attendrira de ta bouche sensuellement fermée. Il suffit d'un cataclysme pour comprendre la simplicité des moments intimes. Il suffit d'une guerre pour jouir d'une paix réconfortante. Le souffle de toi est en moi. Malgré nous.

...

LETTRE A JULIA

(Par Edwin VAN DEN BREUCK, personnage imaginaire).

Chère Mademoiselle Julia,

Eh oui, Mme Van den Breuck est malheureusement décédée en 2010 !

Depuis, je me suis juré de regarder en face chaque reflet du plaisir ... Fusse t-il défendu aux yeux d'une morale utile et malgré tout contestable. Je n'ai que faire d'une vie sans vie. Je n'ai que faire d'une étoile sans brillance. Je suis devenu difficile à présent, et seul les fruits me paraîssant bons et sucrés me font saliver. J'ai adoré recevoir un doux baiser de vous, même par écrit ! Vous attirez mon attention par vos mots qui ressemblent à des caresses verbales. En vous répondant, je ressens un vrai frisson, comme si vous étiez blottie contre moi. Ceci n'est qu'une émotion lancée au hasard, et attraper je l'espère, par votre intelligence émanant de vos gestes tellement sensuels. Ne prenez pas mal ma façon de vous le dire, elle est seulement jumelée à l'effet que vous me procurez. Je ne suis pas si différent des autres hommes, seulement peut-être suis-je attaché aux émotions nouvelles. Sombre comme une tombée de nuit, je deviens bleu comme un ciel d'été lorsque vous apparaissez. Les années qui nous séparent correspondent au nombre de marches à escalader pour vous atteindre.

 

Très chère petite, je suis heureux de vous respirer, de vous étonner parfois. Je sais que les rides creusent un fossé entre vos vingt ans et mes soixante, et même si vous semblez prête à faire abstraction de cela, je ne suis plus sûr de vouloir accepter votre offrande. Le regard que je vous porte ressemble à celui d'un père, même si vos formes s'étalent de leurs majestés incestueuses.

Que pensez-vous de notre rencontre ? Doit-on volontairement se jeter en pâture ? Les yeux qui vont nous fixer sans cesse, risquent de nous détruire comme une flamme s'éteint sous le vent. Julia la poupée et Edwin le vieil ours, ça ne sonne pas de belle façon, même pour un conte de fée. Cela ressemble plus à un conte défait ou à défaire ! Pourtant quelques bribes de mon égo répondent favorablement à l'appel du diable. L'enfer est là, juste devant moi ! Il a pour trait un ange aux formes pulpeuses, parfumées de la jeunesse. Quelle cruauté que de ne pouvoir rien y changer.

Entre la FAC et la retraite, entre la douceur et l'angoisse, entre le rêve et la peur, il y a quarante ans ! Ceux qui nous séparent sont inconvenants, injustes, et nous sommes seulement les jouets de cet intervalle assassin. Ma Julia, je ne sais comment vous dire que jamais je n'aurais osé vous toucher sans que vous me fassiez comprendre que vous en aviez envie. Sans aucun doute l'absence d'un père est le responsable de votre attachement à ma personne. J'eusse aimé être ce père manquant, mais mon amour pour vous est tout autre. La fin de notre histoire approche. Julia, je vous donne un dernier conseil, prenez le temps de chercher le bonheur ailleurs, loin de moi. Je ne veux pas risquer de vous voir partir contre mon gré. Je préfère que vous le fassiez maintenant, pendant que je peux le supporter.

Vous me manquez déjà ...

Votre ami Edwin.

 

ROCK'N'ROLL

 (Petite histoire de Didier LEMOINE)

 

 

Il est 0 h 15, nous sommes dimanche soir. La guitare de mon voisin du dessous pleure et crache son venin. Electrique, et "rock'n'rollée", par la haine d'un jeune homme plutôt solitaire. J'ai cru comprendre qu'il s'appelait Moise, comme celui qui traversa la mer sans bouée sur ses pieds ! Le Moise en question semble avoir besoin d'un tranquillisant, et s'il flotte, ce n'est pas sur l'eau. Demain, c'est le boulot, mais laissons le surfer sur ses notes, et puis moi perso, je suis assez mal placé pour l'en empêcher ... J'adore sa façon de frapper les accords, j'adore ses folies d'artiste, elles font renaître en moi des mélodies d'improvisation que j'avais oublié de laisser vivre. Accaparé que je suis par les mots, j'avais abandonné lâchement la symphonie ensorceleuse des phrases musicales. Grâce à ce môme judicieusement logé, je me revois quelques années en arrière. Une seule chose manque, une voix qui épouse les cordes de son engin diabolique. Je peux éventuellement lui proposer d'habiller ses oeuvres dénudées de syntaxe et de vocabulaire. Acceptera t-il la compagnie d'un homme qui pourrait être son père ? Je me jette dans l'arène, je sonne à sa porte. Il ouvre avec un grand sourire en pensant que je venais pour lui dire de faire moins de bruit. Sa surprise est grande lorsque je lui donne la raison de ma visite. Du coup, il m'invite, et j'entre dans son antre. Je suis comme un gosse en voyant ses instruments disposés sur les murs, ses partitions en fouillis sur le sol, ses talents jetés dans une solitude perceptible. Le plaisir de voir un micro inutilisé m'oblige à lui demander de me permettre d'accoster ma voix sur son show. Je redeviens un enfant, frissonnant, le rictus délirant, j'éjacule des intonations orgasmiques. Je ne me souvenais plus de ce souffle fabuleux qui m'autorise à entrer dans une lumière magique. Moise n'est pas que prophète, c'est un dieu ! Il est le dieu du rock'n'roll ! Jusqu'à 4 h du mat notre duo de fortune se régale mais la réalité surgit par l'intermédiaire de policiers "invités" par d'autres voisins ! La dure logique que nous avions eu l'outrecuidance d'oublier. Le silence revenu, nous osons une conversation, mais force est de constater qu'entre nous, notre seule possibilité de communiquer, c'est la sonorité des cris qui viennent de l'intérieur, comme le chantait si bien Bernard Lavilliers. Une poignée de mains plus tard, je retrouve mon appartement, ma chambre, cette conformité qui me tue. La nuit est presque finie, dans une heure ou deux le silence laissera sa place à un vacarme assourdissant. La ville me sautera à la gorge, la nuit aura cessé de me protéger.

Combien de Moise devrais-je attendre pour que l'obscurité d'après me semble belle. La lumière est bien là, la vraie, celle qui fait mal aux yeux. Une tasse de café bien noir, un verre de jus d'orange sanguine, un regard vers l'extérieur. La vie reprend, les voitures circulent, les ouvriers se carapatent vers leur destin pragmatique. J'eusse aimé que la nuit dure un peu, mais l'éphémère reste le plus fort. Alors, pour me distraire, je branche ma propre guitare et je brise les toiles d'araignée, comme au bon vieux temps de mon rock'n'roll. Du coup, je convie les forces de l'ordre à revenir, cette fois, à l'étage du dessus. Ils sont devenus moins sympas, ça, je l'aurais parié ! En descendant entre deux "costumés", je vois que Moise a entrouvert sa porte. D'un clin d'oeil malicieux et d'un sourire partagé, nous nous sommes compris. Je tente de plaisanter avec le flic, mais il n'est pas très "réceptif", sans doute ne connaît-il aucun Moise ... La page se tourne en arrivant au commissariat. Après un interrogatoire aussi bidon qu'inutile, une heure et demi à me demander ce que je peux bien foutre ici, me voilà reparti. Je marche sur le trottoir déserté, de l'autre côté Moise s'en va traînailler sans avoir dormi. Il me fait signe, je réponds, et nos vies s'éloignent quelques temps, quelques jours sûrement ... En ce qui concerne les nuits, le flot de nos images d'artistes nous indiquera la marche à suivre. Encore un matin dit la chanson, celui-ci est une merveille.

NE LÂCHE PAS !

 ( A Jennifer, la blanche ...)

C'est juste un début de nuit, un moment difficile qui réveille tes vieux démons. Ne lâche pas, il faut que tu te souviennes de cette force qui t'a permis de résister. Souviens-toi, de ton corps qui réclame, de ta peau qui se perce, de tes veines qui se remplissent. Souviens-toi de tes peurs, de tes tremblements, de tes souffrances inutiles, de tes absences imprévues.

J'ai tellement appris de ton soutien quand j'allais mal, de ta sueur pour porter mon besoin de vivre, de ta folie qui se nourrissait de la mienne. Je descends en enfer pour t'empêcher de replonger dans le poison. Mes bras sont des mots qui te serrent si fort que tu ne pourras plus bouger. Tu ne chercheras plus à partir dans tes déserts et tes mirages improbables.

Je crache sur cette poudre blanche, pour que tu ne la respires plus jamais. J'explose cette ampoule contre un mur, pour que tu ne la jettes plus au fond de toi. Je brûle cette ordonnance de complaisance, pour que tu oublies de t'en servir. Je suis là, simplement pour te permettre d'être toi, parce que je sais que tu es belle dehors et dedans.

J'ai besoin que tu le restes.






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