METRO

(Une petite histoire de Didier LEMOINE)

 

Il est 18 h 47, métro gare de l'est, c'est la grève !  J'attends une rame, comme tous ceux qui traînent leur misère à cet endroit. Il y a là des râleurs inconnus, posés comme des pions, sur l'échiquier de la vie de merde qu'ils semblent mener. Ce n'est pas la foule aujourd'hui. Beaucoup ont du prendre leur précautions, peut-être ont-ils pris un taxi pour rentrer chez eux ! J'observe un peu mes semblables, et je considère définitivement que je n'ai pas d'atome crochu avec tous ces gens. Je ne me sens pas l'un des leurs. J'ai la cinquantaine passée, et ce soir, je me sens très fatigué. Je n'ai aucune envie de lier connaissance avec qui que ce soit. Pourtant, juste à côté de moi, il y a cette fille ! Une jolie brune aux yeux noirs et aux rondeurs sympathiques. Près d'elle, son mec sans doute. Un frimeur avec des tatouages partout, mais malgré celà, il n'a pas l'air bien méchant ... Je me lève pour me dégourdir les jambes, je marche pendant une vingtaine de mètres. D'un coup, des cris stridents m'explosent les tympans ! Mes ex-voisins de banc sont debout. Le bon et la belle ont sorti une arme et haranguent la petite assemblée. Je suis stupéfait de voir leurs visages se transformer, remplis de haine, remplis d'un trop plein de manque. Un enfant tente de courir, elle lui tire dessus, il s'écroule. Une femme fait un malaise, personne ne lui porte secours, pas même moi. Nous sommes figés sur place. La peur nous empêche d'agir. A contre coeur, je décide enfin de parler à ce type. Il me regarde, me braque, et puis m'écoute. Je lui demande pourquoi il fait ça.

 

Il me répond en hurlant : "J'ai 32 ans ! Depuis que je suis né je n'ai rien ! Avec Mathilde, on est venu ici pour tirer tant qu'il y aura des balles dans le barillet. Ne cherche pas à m'embrouiller toi !

Il me tire dessus sans hésiter plus longtemps. Je suis touché en plein bide. Je pense faire le mort, pour me sauver la vie. Allongé sur le sol, je revois plein de scènes de mon existence. Ma mère qui me serre dans ses bras, mon père qui se marre au bout d'une table, mes frangins assis sur un petit muret à la campagne. J'entends mon amour chanter sous la douche, ma fille pleurer de ne pas avoir un jouet. Je me vois géant, au dessus de ce décor exceptionnel. Je continue à entendre des bruits de balles, des cris, encore des cris. Des sirènes retentissent de moins en moins fort, tout au bout du lointain. J'ai mal, mais je me tais. Je suis paralysé devant un spectacle que je ne maîtrise pas. Un ange croise mon regard, et me demande si je veux bien le suivre. Je n'avais pas compris, je n'avais pas senti cette différence infime, je suis vraiment mort ! Je m'envole si loin, que je ne pourrais jamais revenir pour vous dire au revoir. Je suis en suspens, entre le jour qui se couche, et la nuit qui ébauche son côté sombre. Regarde, je te fais signe, me vois-tu ? Moi je te vois, c'est tellement frustrant ! Je ne t'ai jamais dit que j'allais partir avec une autre, je n'ai pas eu le temps. C'est magnifique là haut tu sais ...j'aimerais beaucoup que tu me rejoignes ! Je n'ai plus assez de mots pour dire ce que j'éprouve. J'entre dans la lumière, j'ai froid, j'ai chaud, je te devine encore, puis de moins en moins, tu me manques ! Un grand clash, un fracas effrayant, un retour, comme happé par un énorme aspirateur. Allongé, entouré de blouses blanches, je roule. Les portes s'ouvrent devant moi, le jour grandit, les lumières sont différentes, statiques et clignotantes. Je reviens à moi, je reviens à vous, c'est un miracle, tu es là ! J'ai mal, trop mal, je disparais sous quelques heures de sommeil artificiel ... Puis mes yeux s'éclairent à nouveau, lentement, je te perçois derrière mes paupières à peine ouvertes. Tu as eu peur, moi pas ! Je ne te ferai pas la mauvaise surprise de te quitter comme ça. Tu es si belle, si émouvante quand tu me pleurs. Demain, quand je pourrais parler, je dirai à ma maîtresse qu'elle ne peut plus rien changer à ma vie. Je lui dirai ce que j'ai vu, elle me prendra pour un fou. Elle s'éloignera, doucement et je me rapprocherai de toi. Nous vivrons encore un peu, en attendant le voyage définitif. Maintenant, je saurai vieillir ...

UNE ILE SANS ELLE

(Une petite histoire de Didier LEMOINE)

 

 J'arrive ... !!!

Ici, je n'ai plus rien à faire. Le plaisir d'écrire des petites histoires est effectivement très bandant, sur mon île, j'emmènerai donc des tonnes de papiers et de stylos, pour satisfaire ce besoin vital. Je serai seul, ou avec toi, si tu changes d'avis. Je ne tolèrerai personne d'autre. Ici, les trois quarts des gens sont à la dérive ... mais je ne les laisserai jamais s'échouer sur mon île. Elle est à moi, toi tu ne m'appartiens pas ! Privé d'argent, de querelles inutiles, du bruit de la ville. Privé du réveil qui sonne, de mon voisin qui s'angoisse. Privé de ma belle qui se dénude et m'excite, lorsqu'elle laisse ruisseler l'eau de la douche sur son corps chaud. Le temps qui passe décapite mon âme, lentement, insidieusement, avec une facilité déconcertante. Il est l'heure de toucher le sable humide qui colle à mes pieds, délivrés de chaussures pesantes. Il faut faire vite, avant que l'orage n'éclate. L'air est devenu irrespirable, les nuits trop longues, le soleil trop rare. Ma force s'amenuise à l'idée de penser que demain sera peut-être pire. Arrêtez ce chien ! Empêchez-le d'aboyer ! Ouvre les volets de ta chambre, que je te contemple une dernière fois. Ce matin, tu m'as fait chialer quand tu m'as dit "je t'aime", je n'étais pas préparé à çà ! Aimer, c'est tragique, c'est se rendre fragile, c'est aussi perdre le sens des réalités. Alors, comme çà, tu me laisses partir seul ! Je pars quand même, tu vas me manquer. Je t'offre un vide sur cette chaise rempaillée que j'aimais tant. Un cri irrésisitible me pousse, là-bas, au milieu de la mer déchaînée, là où le phare éclaire mon imaginaire. Je te laisse garder tes acquits et je te confie les miens, presque rien, une absence, une trahison. Et si j'emportais ce chien sous mon bras ! J'ai déjà une guitare, je ne peux pas ! Il continuera sûrement à hurler sans savoir pourquoi. Je ne l'entendrai plus, je serai trop loin, silencieux, enfin libre. Je te souhaite d'être heureuse, comblée, habitée de sentiments nobles.

 Je m'excuse de ne pas trouver une autre issue à cet échec. Pour que tu ravales ta colère, j'ai posé mon nouveau livre sur la table de nuit. Il raconte l'histoire d'un homme qui aime la vie, au point de s'y soustraire à jamais. J'aurais aimé être cet homme, mais le courage est parfois capricieux ...

Je me contente finalement de m'évader, ou de m'enfuir, c'est au choix. Un jour, je regretterai peut-être, rien qu'un mot, un parfum, une voix, une souffrance invisible, un signe de vie, comme une évidence. Je prends le large, je fends le vent, debout face à moi. La voile se gonfle, la terre promise s'approche, et je saute par dessus bord ...Oui je l'ai fait ! Je suis encore vivant, sauvé par des bras de femme. Race blonde, efficace et tactile. Un zodiaque me dépose sur une terre paradisiaque, c'est mon île, enfin ! Malheureusement, mon sommeil était superficiel, je me réveille beaucoup trop tôt.

Mon rêve était si beau ...

DES NOCTAMBULES PRESQUE ORDINAIRES

 

C'est le titre de mon roman !

Terminé il y a quelques mois déjà, proposé à une dizaine d'éditeurs, j'ai sept contrats qui trônent sur mon bureau ! Je suis en pleine écriture du second, tout en démarchant d'autres possibilités d'éditions ...J'enverrai encore quelques manuscrits en septembre, afin d'en finir avec un premier tour de la question. Je dois me lancer dans le grand bain, si possible avant la fin de l'année. Il y a un petit investissement de maquette, mais il faut surtout choisir la bonne maison. Celle qui fera une promotion suffisante pour permettre au bouquin de vivre. Pour me permettre aussi de gagner assez d'argent et ainsi, réinvestir dans le suivant. C'est long et difficile. Je m'imaginais ça un peu moins complexe. L'aide concrète n'éxiste pas ...

 Malgré tout, c'est aussi très grisant, très enrichissant, très amusant. Pour vous, les lecteurs de dilem, je vous propose un court extrait de ce roman. Juste parce que j'en ai envie.

"LE PITCH" : Au début des années 80, quatre jeunes hommes font des rencontres qui transforment leurs vies. Amitié, amour, sexe et deux crimes se conjuguent. Ecrit simplement, avec ma sensibilité et mon humour.

Un morceau de la page 5 :

- Nous voilà en route vers la bouffe italienne, un resto du coin. C'est la campagne ici, le choix n'est pas très grand, mais on s'en fout, on l'aime bien notre Salvatore. Par contre, je me suis toujours demandé s'il était réellement italien. Je le vois bien piquer le prénom d'Adamo pour faire vrai ...

Dans la voiture, l'ambiance laisse prévaloir une bonne soirée. J'en aurais presque oublié la panoplie de comique du chauffeur. Ce soir, nous allons faire le plein de saloperies, afin que mardi nous ne transpirions pas pour rien. C'est dans le doute sur la nationalité du propriétaire des lieux, que nous poussons la porte de cette gargote repeinte à l'arrache. Salvatore, les bras au ciel, nous accueille comme des dieux, sachant que de toute façon il va se passer quelque chose. Voyant Olivier face à lui, il crie haut et fort : "Oh Olive, si tu n'as pas la belle, pourquoi tu fais le clochard ?"

Bien sûr, ceci ne représente rien ! Seulement quelques lignes au hasard d'un plaisir personnel de 350 pages !

Je continue de vous tenir au courant pour la suite, en espérant une bonne nouvelle .

Bises à tous et s'il vous plait, résistez à la canicule ....

A SARAH ...

(Extrait d'une nouvelle de Didier Lemoine)

 

Comme dit la chanson, elle pourrait s'appeler Sarah !

 

Elle ne s'appelle pas ainsi ... Elle est mon secret, ma caresse de soirées blues, le reflet du sosie de mes rêves . Pour l'occasion, je l'appellerai Sarah malgré tout ! Au hasard d'un casting de la vie, je l'ai croisé, je l'ai approché, puis la peur de complications inutiles a fait d'elle une étoile inaccessible. Elle est toujours là, à quelques pensées de moi. Je me souviens des quelques jours passés ensemble, par obligation, par frissons inévitables. Je lui expliquais des choses nouvelles pour elle, elle me répondait par des regards, des silences, des parfums inexplicables. Je savais qu'un défi s'imposait à moi, je savais qu'une émotion naissait et grandissait.

Sarah, durant ces semaines trop courtes, tu m'as apporté beaucoup plus que tu ne le crois. Tu m'as fait comprendre en tous cas, qu'à chaque instant, une histoire imprévue peut sortir du néant. Cette histoire aurait méritée mieux sans doute, elle fera partie de mes secrets, de nos secrets. Je pose ces mots sur ta peau que j'ai imaginé sous mes doigts, sans jamais la toucher. Je l'ai juste efflleurée de mes attirances à peine dévoilées, c'est frustrant et si bon à la fois. Il est des rencontres que l'on ne peut contrôler, des images que l'on ne peut oublier, tout ça c'est toi Sarah ! Ange pas si fragile, mais pas si forte que ça non plus. Je t'abandonne à mon plus grand regret, je sais que tu sais ...

Si mes visites sont si peu rapprochées, c'est que ce n'est pas si simple de te voir, ni de te deviner ailleurs, dans ta vraie vie. Les chemins sont tracés, le tien, le mien, mais ils ne feront jamais une même route. C'est comme ça, comme dans les films parfois, l'impossible ne tue pas. Au contraire, savoir que tu éxistes me rend optimiste. Grâce à toi, je suis décidé à ne pas fermer les yeux à d'éventuels nouveaux éclairs, au milieu des nuits qui m'entourent. Je sais bien que les flammes de l'impossible brûlent plus hautes et plus fortes. Je ne dis rien d'autre, je me cache, je te désire et je te supplie de ne pas m'approcher de trop près ... j'espère le contraire aussi ! Simple comme ton souffle dans mon cou, comme ta bouche sur ma joue, comme ta jambe sur les miennes. Des souvenirs frissonnants, presque gênants, tellement innocents. Tout ça en une seconde, en une bouffée d'air pur, une explosion, le pouvoir de Sarah ! Je t'étreins en silence, tu me manques peut-être, tu m'as offert une ressemblance, un désir fou et inattendu ...

JE PROPOSE MON ROMAN

 

Je pose un verre sur l'étagère, juste à portée de mains, au cas ou la soif m'envahisse en mode urgence. J'ai pris soin de le remplir à ras bord, afin de ne pas être obligé de me lever trop souvent. J'ai mis l'ordinateur en route, après avoir titillé mon facebook, je "roule" sur le traitement de textes. La feuille blanche se couvre de mots à vitesse raisonnable. J'ai parfois la mémoire capricieuse, c'est le privilège d'un age qui s'avance vers le chemin du retour. J'espère le retour assez long pour faire toutes les choses qui me manquent encore. Mon premier roman est bouclé, encore une semaine ou deux et je commence les envois aux éditeurs, je suis impatient ! 220 pages de format A4, ça représente ! A4, ça ressemble à la dénomination d'une autoroute, mais pour écrire, il est préférable d'emprunter des routes départementales, des chemins de traverses. De ce besoin est née une envie et de cette envie ...un besoin ! J'ai en moi l'idée d'un second roman et j'ai hâte d'en débuter l'écriture. Le temps d'en finir avec "l'après"celui-ci, avant d'entamer le plaisir du "pendant"celui-là. C'est une règle essentielle, un savoir écrire imposé par le mélange des émotions. Chaque mois, je vais disséminer des manuscrits sur dix maisons d'éditions et puis attendre des réponses. Attendre, espérer simplement que mes écrits soient lus et appréciés par quelques âmes. A travers mon site, je vous distillerai les nouvelles étapes de ce projet. Que le plaisir d'écrire soit associé à celui d'être lu, ce sera évidemment l'objectif principal. Trouver un éditeur, malheureusement, en cette période de crise, ce ne sera pas facile, mais j'y crois.

                                                                                 *

Je vous remercie d'être aussi fidèle à "Dilem". J'aime envoyer quelques souffles personnels par ce moyen là, c'est aussi une façon d'expier de vieux démons et je ne m'en prive pas ! Demain, entre deux pages, entre deux notes de musique, j'observerai les courses cyclistes sans cacher mon plaisir. Je suis égoïste mais je me soigne ! Chaque épreuve résonne comme une partition. Chaque victoire est l'instrument d'une mélodie qui s'achève. Le parallèle entre le cycliste et l'artiste est facile. Ma vie se résume à ce contraste, à cette osmose entre les deux et j'adore ça ! Février arrive, j'en prends acte. Il faudra que je jongle une fois de plus entre ces activités, entre le rouge et le noir, entre le feu et la glace. Combien de succès pour mes protégés ? Combien de livres vendus ? Combien de regards inconnus à conquérir ? Le vrai plaisir est de ne pas en être conscient ! 

 






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